Accéder au contenu principal

Conduire avec un trouble développemental de la coordination

19 Octobre 2026

Conduire avec un trouble développemental de la coordination

Lorsque l’association Dyspraxie France Dys a commencé son activité en 2011, le premier chantier dont je me suis occupé a été le permis de conduire et la conduite automobile pour les personnes avec TND (Troubles Neuro-développementaux) et notamment TDC (Trouble Développemental de la Coordination/ex-dyspraxie). Mes recherches m’ont montré qu’à peu près rien n’était documenté sur Internet à l’époque pour ce sujet, alors même qu’il est souvent stratégique pour la question de l’emploi et de l’insertion professionnelle dont je m’occupais plus particulièrement. Je continue d’ailleurs de m’occuper de ce sujet et je suis régulièrement contacté pour le permis de conduire et la conduite automobile, non seulement par des adultes avec TND ou TDC, mais également par des professionnels des Appuis Spécifiques TND ou des Plateformes Emploi Accompagné par exemple.

Au plan national, DFD a donc œuvré depuis 15 années pour faire évoluer la situation. Deux actions me semblent importantes à mettre en lumière :

- une meilleure connaissance des TND par les moniteurs d’auto-écoles en France, avec le guide à leur intention écrit en collaboration avec le CEREMH et l’ESF (https://automobile.ceremh.org/index.php?espace=3) et que le candidat peut lui-même lire avec profit, de mon point de vue ;

- la formation à ces sujets par DFD de tous les nouveaux inspecteurs du permis de conduire de France, lors de leur formation initiale à Nevers.

Beaucoup de travail reste à accomplir, alors même que par exemple la dernière CNH (Conférence Nationale du Handicap) en septembre 2026 n’évoque aucune mesure concrète pour la conduite automobile des personnes avec TND. C’est d’ailleurs DFD qui, connaissant le Délégué Interministériel aux Troubles Neuro-développementaux et la Déléguée Interministérielle à la Sécurité Routière (par ses travaux avec la Délégation à la Sécurité Routière/DSR), a proposé de les mettre en relation afin que des travaux soient menés de concert à l’avenir.

L’un des chantiers à mener serait vraisemblablement une meilleure connaissance des TND par les moniteurs d’auto-école, accompagnée par un affichage officiel (labellisation ?), à l’attention des candidats, de cette montée en compétences des auto-écoles qui l’auraient effectuée.

Un autre sujet est la possibilité que les surcoûts engendrés aux candidats par leur TND pour l’obtention de leur permis de conduire fasse plus souvent l’objet d’une notification de PCH (Prestation de Compensation de Handicap) par les MDPH. Pour ma part, en 15 années d’accompagnement de candidats pour ce sujet, je n’ai connaissance que d’une seule situation ayant abouti à la notification d’une PCH « aide exceptionnelle » pour un candidat avec TDC ! Ce sujet sera d’ailleurs abordé (entre autres) lors du webinaire que la CNSA (Caisse Nationale Solidarité Autonomie) a proposé à DFD d’animer fin novembre 2026 devant des équipes d’évaluation des MDPH françaises pour leur mieux faire connaître les spécificités des personnes avec TDC et leurs besoins.

Enfin, le rôle des ergothérapeutes peut s’avérer bénéfique dans le processus d’obtention du permis de conduire et pour la conduite automobile des personnes avec TDC. Des candidat(e)s ont eu recours à cette collaboration entre le moniteur d’auto-école et l’ergothérapeute qui les suivait et les connaissait, afin de résoudre certaines de leurs difficultés, dès l’évaluation de leur aptitude à la conduite automobile et le démarrage de l’apprentissage de la conduite. Cette collaboration nécessite l’adhésion du moniteur d’auto-école, la disponibilité des deux professionnels et entraîne un surcoût financier, elle n’est donc pas toujours aisée à mettre en œuvre. Elle me semble porteuse d’espoir dans ce processus de la conduite automobile et nécessite d’être mieux connue et mise en œuvre dans certains cas : le colloque national de DFD à Montpellier en 2024 a consacré une table ronde au sujet de la conduite automobile des candidat(e)s avec TDC et le rôle de l’ergothérapeute y est largement développé (https://www.youtube.com/watch?v=rufVN1LqecE).

Voici également, en complément quelques enseignements et observations de mon expérience d’accompagnement de candidats à l’obtention du permis de conduire avec TND, et plus particulièrement avec TDC, depuis près de 15 années :

- je ne le répèterai jamais assez, chaque situation est différente, notamment du fait de l’hétérogénéité des retentissements du TDC et des éventuelles comorbidités associées. De ce fait, il est difficile de prévoir finement à l’avance l’intensité des difficultés que rencontrera un(e) candidat(e) dans l’apprentissage de la conduite automobile et dans le processus d’obtention du permis de conduire. J’ai eu ainsi de nombreuses surprises, depuis des candidat(e)s dont je craignais qu’ils/elles n’éprouvent beaucoup de difficultés et qui finalement ont réussi l’ETG (Epreuve théorique générale = le code de la route) et l’épreuve de conduite en peu de tentatives, jusqu’à d’autres candidat(e)s pour lesquel(le)s je pensais le contraire et qui ont eu besoin de 200 heures de conduite et 5 tentatives pour obtenir finalement le précieux Sésame !

- il existe peu d’auto-écoles spécialisées dans le handicap, des candidat(e)s m’ont témoigné cependant qu’il n’est pas toujours indispensable d’y avoir recours : si le moniteur peut dégager un peu de disponibilité pour l’apprenant(e), être à son écoute, handi-accueillant en général et sensibilisé aux TND en l’occurrence, par exemple par la lecture du guide du CEREMH, une relation entre l’apprenant(e) et le moniteur peut s’instaurer et s’avérer vertueuse ;

- le gabarit des véhicules constitue parfois une difficulté, aussi bien lors du processus d’apprentissage qu’ensuite en situation de conduite : des conducteurs avec TDC ayant professionnellement à utiliser différents véhicules m’en ont témoigné, et pas uniquement pour se garer ;

- les candidat(e)s avec TSLE (trouble spécifique du langage écrit/ex-dyslexie) et TSLO (trouble spécifique du langage oral/ex-dysphasie) éprouvent des difficultés pour l’ETG et moins pour la conduite, ceux avec TDC expriment éprouver des difficultés aussi bien pour l’une que pour l’autre ;

- ces difficultés perdurent, une fois le permis de conduire obtenu, pour les conducteurs/trices avec TDC, moins apparemment pour les conducteurs/trices avec TSLE et TSLO. Les aménagements techniques et organisationnels à mettre en œuvre pour les conducteurs/trices avec TDC commencent à être connus et sont documentés dans le document du CEREMH et ceux diffusés par DFD : boîte de vitesse automatique (avec la « passerelle » possible ensuite vers un permis en boîte manuelle sans repasser l’examen), GPS avec guidage vocal, préparation/organisation de ses déplacements avec limitation de son temps de conduite et choix des itinéraires pour pallier la fatigue,…

Je reste à disposition de tout(e) candidat(e) avec TND qui souhaiterait discuter avec moi du permis de conduire et de la conduite automobile.

Alain Demange, Délégué Départemental Haute-Garonne association Dyspraxies France Dys

Fiche conseil-Conduite et dyspraxie :

https://automobile.ceremh.org/assets/media/fichierPDF/CEREMH_doc_Dyspraxie.pdf

Plus de précisions sur :

https://www.dyspraxies.fr/mobilite