Rebondir à l’âge adulte - Témoignage
Occitadys a rencontré Cédric B, 47 ans, qui vit avec un TDAH découvert à l’âge adulte et a accepté de nous partager son parcours de vie. Après un parcours scolaire chaotique, l’accès au diagnostic de TDAH lui a enfin permis de s’insérer professionnellement dans un emploi qui le passionne.
À quel âge avez-vous découvert que vous viviez avec un TDAH ? Qu’est-ce que ce diagnostic a changé pour vous ?
J’ai découvert que j’étais TDAH assez tard dans ma vie, vers l’âge de 30 ans. Avant cela, j’ai connu d’énormes difficultés dans de nombreux aspects de ma vie personnelle et professionnelle. Enfant, j’avais du mal à prêter attention à l’école : je ne savais jamais dans quelle salle de classe je devais aller, j’étais souvent en retard, je n’arrivais pas à faire mes devoirs. J’ai triplé la 3° avant d’être orienté vers un BEP, mais suite à un conflit avec un de mes professeur, j'ai quitté la scolarité sans diplôme.
Plus tard, j’ai eu beaucoup de mal à garder un emploi plus de quelques mois. Je ne trouvais que des petits boulots, souvent en usine ou dans le nettoyage. Les tâches administratives étaient un cauchemar, je peinais à m’organiser. J’oubliais souvent des informations importantes, comme le programme ou les horaires. J’avais du mal à socialiser avec les gens.
Malgré cela, je me sentais souvent animé par une curiosité insatiable et un fort intérêt pour l’expérimentation et l’exploration. C’est ce qui m’a poussé à immigrer aux Pays-Bas, où je me suis rapidement impliqué dans la culture underground des squats — un milieu où beaucoup de personnes autour de moi partageaient des difficultés et des aspirations similaires. C’est là que j’ai commencé à réfléchir à l’origine de mes problèmes.
Une de mes amis avait déjà reçu un diagnostic de TDAH, et je partageais de nombreux traits avec elle. J’ai réalisé que beaucoup de mes difficultés d’enfance pouvaient s’expliquer par ce trouble. Le fait d’apprendre que le TDAH a une forte composante génétique m’a aussi aidé à comprendre que mes parents avaient probablement connu des problèmes similaires. Malgré cela, obtenir un diagnostic n’a pas été simple. Mon médecin a mal accueilli ma demande de prescription de stimulants. Il m’a fait passer un test en double aveugle sur quatre semaines, alternant placebo et méthylphénidate, mais ma réaction au médicament a été atypique. J’ai malgré tout demandé à voir un psychiatre, qui a immédiatement compris la situation et m’a prescrit de la dexamphétamine.
À partir de là, ma vie a beaucoup changé. Cela n’a pas résolu tous mes problèmes, et ce traitement n’est pas exempt d’effets secondaires. Avec le temps, ma créativité a un peu diminué, mais j’ai enfin été capable de réaliser des tâches qui m’auraient été impossibles auparavant. J’ai appris à me concentrer sur ma liste de choses à faire, plutôt que de sombrer dans une procrastination totale. Finalement, j’ai réussi à décrocher un poste d’ingénieur de recherche en physique, malgré l’absence de formation formelle. Cela m’a conduit à travailler dans une université au Royaume-Uni comme assistant de recherche, puis à commencer un doctorat.
Avez-vous identifié des stratégies qui vous aident à mieux fonctionner avec le TDAH, dans votre vie professionnelle ou vos loisirs ?
Soyez bienveillant envers vous-même. Ne culpabilisez pas pour vos échecs. Quiconque serait à votre place vivrait des difficultés similaires. Voyez cela comme un processus d’apprentissage. Apprenez à vous connaître, à comprendre vos forces et vos faiblesses. Trouvez votre domaine de prédilection et plongez-y à fond. En général, ce sont des domaines où la procrastination devient une force plutôt qu’une faiblesse : si vous préférez bouger plutôt que rester assis, devenez sportif ; si votre obsession est l’art, devenez artiste ; si vous aimez la science, devenez scientifique. Pour ma part, je m’intéresse à beaucoup de choses, alors j’ai fait un peu de tout — et c’est très bien ainsi.
Les personnes TDAH ont tendance à être impulsives, à expérimenter les drogues, à multiplier les partenaires sexuels, à parfois commettre de petites infractions, et à rarement prendre le temps de réfléchir à ce qu’elles veulent vraiment dans la vie et comment y parvenir. Un peu de retenue a du bon. Prenez du temps pour vous. Laissez-vous vous ennuyer parfois si possible. Allez marcher, passez du temps de qualité avec vos amis. Ce n’est pas facile, mais chaque petit effort compte. Gardez simplement cela à l’esprit et faites de la place pour cela quand vous le pouvez.
Une fois que vous comprenez votre trouble, Il faut vous réinventer à la lumière de cette nouvelle compréhension. Les médicaments aident mais comprendre son fonctionnement change déjà beaucoup de choses. Beaucoup de gens vivant avec un TDAH ont aussi d’autres troubles, certains sont le résultat d’avoir eu autant de difficultés comme le trouble de stress post-traumatique, d’autre peuvent être aussi d’origine génétique. Commencer les médicaments représente aussi un challenge psychique. Comment s’adapter et adapter sa personnalité à votre nouvelle situation ? Ici encore je recommande de prendre un peu de temps pour réfléchir et ressentir le changement avec confiance mais aussi vigilance. Est que votre relation aux autres progresse ou au contraire se détériore, est ce que votre attitude change de manière positive ? Il est important de veiller à son état émotionnel.

Morning café par Cedric B (Tous droits réservés)